5 morceaux pour rider de nuit

orsque les lumières de la ville s'éteignent, que les volets se ferment et que les clubs ouvrent apparaît un sentiment d'évasion, une envie de prendre ses jambes ou son véhicule pour rider tout en écoutant une musique parfaite pour l'instant. Rares sont les morceaux qui rendent ces moments uniques, le rap prend en ce moment des allures trop dancehall par l'explosion du mainstream et l'underground français en assume les conséquences. Pourtant, une grosse poignée de morceaux s'inscrivant dans une vibe nocturne sont sortis ces dernières années. On peut citer des artistes comme Espiiem, Bitsu ou encore Luxe, qui ont contribués à faire de cette ambiance une vertu de l'underground. Dans cette mini-liste, on décrypte pour vous cinq morceaux récents se targuant d'une ambiance unique, à consommer de préférences lors de vos virées nocturnes.


1- Cityzen Spleen - Tengo John feat Prince Waly


S'inspirant d'un sample du pianiste Bill Evans, le fidèle producteur de Tengo dit LaSmoul à pondu un beat d'un minimalisme renversant et mélancolique. Les légères notes de piano qui composent "Cityzen Spleen" ont un sens, une identité. Elles laissent un présage de vide, ce que Tengo et Waly démontrent également à travers leurs paroles. Dans ce morceau prenant part au sein de la mixtape Multicolore sortie en 2018, les jeunes artistes témoignent une dépression singulière. Tengo se montre dans des environnements de déception bordé par les prémices du suicide. La vie l'a déçu, l'a blessé et le stress s'est emparé de son cœur. Côté Prince Waly, on aborde une description métaphorique des problèmes liés aux quartiers sensibles. Le refrain interprété par Tengo, suit une chute libre en partant d'un John dépressif sautant dans le vide d'où la phase "Ma vie est un éternel saut périlleux". L'ennuie et la mort prennent en effet part du morceau d'une façon étrange. Les deux thèmes sont pris de court par les basses puissantes et le rythme de piano lent qui donnent au morceau un croisement entre la mélancolie et le pétage de plomb. La ville sinueuse et vide qui se dessine à travers le morceau est le meilleur endroit pour écouter ce morceau, unique dans son genre. Simple, mélancolique.



2-Trafic - F430


L'Entourage de PNL regorge de pépites avec les évidents MMZ et DTF. Les adeptes de Cloud Rap ont pourtant la mauvaise habitude de négliger d’autres factions de ce mouvement . Parmi ces artistes peu exposés on retrouve le duo F430 composé de Sensei et Guapo. Influencé indirectement par le son des deux frères, le duo s’est créé un univers nocturne qui a rassemblé un public fidèle. Leur album “Thank You God” sortie début 2019 est une pépite regorgeant d’autotune exercé à la perfection et de productions toujours aussi planantes, on peut d’ailleurs remercier les géniaux producteurs que sont Lil Ben et BBP pour cela. Parmi les 24 titres du projet apparaît le morceau “Trafic”, objectivement le plus maîtrisé de l’album. Le thème du son repose sur un sujet très familier au Rap à savoir la vente de drogue et le crime organisé, jusque là rien de très original. Le morceau est cependant marqué par une mélodie de piano rapide agrémentée par une reverb très particulière, cela accentue l’ambiance mélancolique de la nuit et on y ressent le crime et le stress évoqué dans les paroles. En parlant de ces dernières, les deux rappeurs décrivent leur train de vie quotidien partagé entre la survie et la vente de drogue. Si les lyrics ne sont pas d’une qualité flamboyante, le flow l’est, et il est le facteur principal de ce morceau. L’auto-tune utilisé comme un véritable instrument donne des émotions à l’auditeur. Le meilleur exemple a donné est surement le début de couplet de Guapo institué par une voix rocailleuse laissant au titre une atmosphère macabre. “Trafic” plonge le consommateur de musique dans un univers où le crime et l’argent font la loi, la nuit en est le décor propre.


3-Pas pareil - L’ordre du périph


Inactif depuis maintenant deux ans, l’ordre du périph, groupe parisien composé de Youv Dee, Assy, Ars’n et Swan avait en 2017 sortie une mixtape de grande qualité nommé “Vogue Merry” en hommage à la culture manga très présente dans leur univers. Outre des sonorités très “turn up” déjà présentes sur leurs anciens morceaux, le groupe avait surpris son public en s’intégrant dans un registre plus détendu aux influences cloud. Le morceau “Pas pareil” en était le fer de lance. La production de Asot One, toujours dans un tempérament “jeu vidéo” (la valeur sure de l’ordre), est une mélodie lente et apaisante qui nous fait voyager directement à République, repère du groupe dans le bassin parisien. Le morceau est interprété par les deux compères les plus populaires du groupe à savoir Youv Dee et Assy, ils y témoignent de leurs jeunes vie d'artistes et de leur virée nocturne dans la capitale. On s’identifie rapidement au son car on y ressent un esprit d’amitié et de solidarité. “Pas pareil” justifie en effet la différence de l’ordre face à leurs adversaires, un sentiment que chaque bande d’amis s’efforce de démontrer de tant à autres. Mention spéciale au couplet d’Assy qui voue dans ses paroles un amour sincère à sa clique, un instant mémorable de 2017 pour le rap français. L’ambiance qui y résonne est positive, à conseiller entre amis lors d’une bonne soirée d’hiver.



4-Medellin - Triplego


Dur est la façon de qualifier la musique du duo Triplego. Entre des sonorités cloud, des instruments traditionnels du Maghreb et des percussions venant tout droit d'ailleurs, le groupe s'est pris d'un véritable engouement pour la différence. Précurseur dans un domaine aujourd'hui dominé par PNL, Sanguee et Momo Spazz respectivement au chant et à la production disposent d’une discographie de qualité avec 6 projets depuis 2016. Parmis ces derniers, l’EP “#enAttendantMachakil” comporte un son à part nommé “Medellin”. Véritable OVNI dans ce jeu, la production signé Isma s'illustre par des basses imposantes rythmée par une note de guitare orientale. La prod a l'image de la première phase "Monte et redescends" change de tempo à de nombreuses reprises, rendant alors l'auditeur ivre des paroles lentes de Sanguee. L'interprète ne lâche ses mots que très rarement dans ce morceau avec seulement deux "seize" en quatre minute, pourtant le résultat est la. On y ressent la tension amoureuse du rappeur, ridant la ville sous les yeux de sa dulcinée. La transition qui intervient à la moitié du morceau prend un accent dramatique avec plusieurs notes de guitares aigus accompagnées d'une voix étrange, semblant souffrir. C'est ensuite Sanguee, qui par ses adlibs de rage, donnera au titre l'ambiance si unique qui y règne. Une mélancolie mélangée à un léger sentiment de haine. Probablement l'un des meilleurs morceaux du duo, accompagné par un clip minimaliste haut en couleur.


5 - Lolita - Les alchimistes


Créé par le producteur multi-récompensé Noxious, “Lolita” est un morceau au sens caché extrême, passé un peu inaperçu dans le dernier projet du duo belge dit “OSEF”. A première vue, le son a des allures d’épopée amoureuse classique. Une mélodie de piano inversée allié à un violon strident, résonnant l’appel de la nuit. Des couplets simples mais pleins d’émotions de Ruskov et Rizno. Ainsi qu’un refrain entêtant ou le regret semble prendre le dessus sur la voix des artistes “J'te regarde dans les yeux et j'te reconnais pas, t’étais la plus belle au lycée, nos amours diluviennes”. Connaissant l’univers sombre des Alchimistes, ce morceau me semblait trop “beau” pour leur discographie spécialisée dans un univers trash alliant la horrorcore et le punk. C’est alors qu’une phase révèle l'identité du morceau, la fameuse “Nos amours diluviennes”, jouissive à nos oreilles. Cette phrase tient d’un roman de Vladimir Nabokov, un écrivain Américain à succès des années 70, le livre se nomme évidemment…“Lolita”. Cette oeuvre au caractère plus que scandaleux traite d’une histoire d’amour entre un certain Humbert, homme adulte et Lolita, jeune lycéenne… Le thème de la pédophilie et de l’inceste interprétée, vaudront au roman une censure en France en 1958. Faire le lien entre le morceau et le livre est alors facile, “Lolita” des Alchimistes est une véritable interprétation musicale du roman. Dès la première phrase du morceau, “ Tu pense que je ne vois pas, tous ces hommes autour de toi”, Rizmo fait référence à Humbert observant Lolita dans un parc entouré de ses amis. La fin du couplet de Ruskov prend elle aussi l’accent du livre avec les cris de l’artiste “ Oh lolita, je te sortirais de là” référençant directement la tyrannie de Humbert face à la perte de Lolita, vivant ses derniers jours en prison (spoil oblige). La fin du refrain est peut-être la plus malfaisante avec “Tes beaux yeux plissées, la plus belle des collégiennes”, plongeant l'auditeur dans un malaise profond, s’imaginant Humbert dans sa folie pure. Cautionné le thème du morceau est un crime, on ne vous apprend rien. La fiction qui y résonne est sombre et dramatique. Écouter ce morceau se doit donc d’être fait avec grande précaution et recul. Peut-être la production envoûtante de Noxious vous effacera du cerveau l'histoire du morceau; dans tous les cas “Lolita” est un morceau nocturne à interpréter tel un “Julien” de Damso, complexe, fascinant et dérangeant.


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