Le rap Suisse en 2020 : un concentré d'énergie et d'originalité.

Le pays neutre par excellence a placé au cours des trois dernières années deux importantes villes sur la carte du rap francophone.

Genève, ville des montagnes suisse connue mondialement pour son lac et ses intérêts économiques à vu en 2017 naître une très prometteuse génération de rappeurs avec la Super Wak clique. Puis en 2018, Lausanne a également montré ses crocs en mettant sur le devant de la scène des rappeurs comme Kingzer et Arma Jackson.

Actudurap vous présente donc dans cette article ces rappeurs qui dans leur évolution ont réussies à créer un véritable engouement autour du rap Suisse.

Les rappeurs de Genève :



Di-meh


Jeune artiste de 23 ans d'origine Algérienne et Marocaine, Di-meh de son vrai nom Medhi Belkaïd est présenté comme l'espoir le plus grand pour le rap Suisse.

Véritable travailleur, il se met en-tête de réussir dans la musique dès ses 14 ans et effectue des allers-retour entre Paris et Genève pour y parvenir. Malheureusement, le succès et la chance n'y sont pas au rendez-vous et Di-meh prend la décision de retourner à Genève pour se consacrer pleinement à sa carrière.

La bas, il fondera en 2014 avec deux autres rappeur de cette liste a.k.a Slimka et Makala la Super Wak clique qui peut-être interprété autant comme un mouvement qu'un collectif, accompagné par leur fidèle producteur Pink Flamingo.

En solo, Di-meh s'accapare à un style influencé par le Skate ainsi que par des ambiances très "turn up" pouvant aller jusqu'au environs psychédéliques.

Le jeune Suisse a délivré trois projets dans sa récente carrière.

En 2017 il livre le premier volume de son projet "Focus", un très bon projet aux influences légères américaines parlant de l'adolescence, du lifestyle d'artiste et de drogue.

On peut notamment s'attarder sur le morceau le plus connu à ce jour de Di-meh intitulé à l'image du projet "Focus".

Un an plus tard, Di-meh présente le deuxième volume de "Focus" toujours influencé par le skate à l'image de la pochette ou on y voit une Planche enflammé.

Le projet tangue cette fois ci entre des sons très percutant comme "j'aime trop ça" et des sons plus chill comme "chanel" et "ride" en featuring avec Roméo Elvis.

Vient ensuite "Fake Love" le dernier projet de di-meh sortie en 2019 axé sur des productions très expérimentales et sur des thèmes comme l'amour et l'ego-trip.

Par ses trois projets, Di-meh s'est constitué un entourage solide autour du rap en collaborant avec la scène Mainstream comme Roméo Elvis et Caballero & Jeanjass mais également avec des artistes plus discret comme le défunt Népal en 2017.

De plus, le rappeur a démontrer une identité propre à lui-même en jouant sur le "Turn-up" et sur des couplets complètement délirant qu'il démontre avec brio en Live. Un artiste qui semble donc le plus qualifié pour marquer l'ère du rap Suisse.



Slimka


Deuxième membre de la Super Wak Clique, Slimka peut-être résumé en deux mots : puissant et fou.

Car si la Super Wak Clique à obtenue une réputation aussi forte au niveau des performances Live elle le doit grandement au jeune homme qu'est Slimka.

A l'image d'un Booba pour le 92 ou d'un A$AP ferg pour New York, Slimka est un véritable porte-parole de la ville de Genève, la mettant en valeur dans des concerts démoniaques dans tout l'hexagone mais aussi en Belgique ou encore aux Pays Bas. Comme son fidèle compère Di-meh, Slimka est à la source d'un projet dit "No bad" divisé en deux volumes.

Le premier, paru en 2017 fut un choc pour la scène underground francophone avec des mélodies très expérimentales et électroniques comme le titre "Wes Anderson" en featuring avec Varnish la piscine.

Le projet explore aussi des productions plus house comme "self-made" qui donne littéralement envie de foncer à tout va sur une piste de danse.

Et c'est cela que représente Slimka, une envie de bouger les choses pour le rap en produisant des titres énergiques aux mélodies encore jamais vu.

Un an après le premier volume, "No bad vol.2" voit le jour. Le projet prend les même bases que le premier mais y ajoute une phase plus sombre notamment dans les titres "George de la Dew" et "XPO" en featuring avec Di-meh.

Le projet s'évade dans des productions toujours plus osés qui crédibilise le travail de la Super Wak Clique en tant que représentant du rap de Genève à l'international.

Très récemment, Slimka à sortie son dernier projet comporté de 9 titres intitulé "TUNNEL VISION PRÉLUDE".

Le projet est court mais efficace et marque cette fois ci une évolution dans le style de Slimka.

En effet la mixtape se targue d'une influence plus planante avec des titres comme "Bushido Massaï" en featuring avec Di-meh (toujours présent celui là ^^) ou avec "Meilleurs" avec Ike Ortiz un autre rookie de la scène de Genève qui mérite plus de visibilité.

Plus mature et plus travaillé on peut interpréter ce projet comme un avertissement pour le public francophone qui doit s'attendre à une future percée du fougueux Slimka, jeune débordant d'énergie et de créativité tout comme le rap Suisse.



MAKALA


Voilà sûrement le rappeur le plus complexe de cette liste à décrypter.

Entre funk, trap et électro, Makala est un artiste explorant différents univers musicaux, créant ainsi un véritable style propre à lui.

Contrairement à ses compères de la Super Wak Clique, le rappeur d'origine Congolaise issue de Bienne a constitué sa discographie plus tôt, c'est-à-dire en 2013 avec son premier EP "La clef".

Déjà à cette période, Makala commence à diffuser son esprit musical.

Un projet certe moins bien mixé que les derniers projets du rappeur mais qui mérite un attachement notamment sur les morceaux "banderas" et "Asie".

Il faut d'ailleurs prendre conscience que l'influence japonaise présente dans le projet était complément visionnaire par rapport à cette période rap très axé Trap qu'était 2013.

Ensuite, Makala a évidemment sortie un projet en double volume répartie entre 2014 et 2015 appelé "Varaignée".

C'est à partir de ce moment la que le rappeur va exposer sa touche personnelle.

Les deux projets sont similaires et présentent des productions très influencé par les Neptunes (Groupe de Pharrell Williams), c'est à dire très funky avec des sonorités complètement loufoque allégé par la plume de Makala.

Ce dernier s'attarde sur sa vie de jeune artiste, arpentant les clubs à la recherche de succès et de femme, sublimé par un vocabulaire riche en référence.

Les deux projets sont porté par le génial "Cadillac" dans le volume 1, morceau très oppressant où l'on ressent l'atmosphère sombre d'une nuit avec la Super Wak Clique arpentant la ville de Genève ainsi que par le morceau "golf" sur le volume 2 en featuring avec Alpha Wann, démontrant une fois de plus sa facilité à rapper.

Deux an après son double projet qui crée une petite hype autour de lui, Makala présente un EP en collaboration avec Varnish la piscine nommé "Gun Love Fiction".

Un projet sympathique avec de nouvelles sonorités allant vers le Jazz et le Classique mais bien trop court quand on sait à quel point une attent était posé pour un premier album de Makala.

C'est finalement après des années de travail que le rappeur a enfin dévoiler son premier album et que dire devant un tel bijou qui peut-être sans complexe désigné meilleur projet du rap Suisse sur la décennie. "Radio Suicide" est une aventure à travers le monde de la fête et de l'amour.

En partant de ses bases Funk pour ses productions, Makala rajoute un univers planant allant même jusqu'à des sonorités africaines qui donne un résultat complètement barré mais pas du moins jouissif à l'oreille.

On retiendra les morceaux "Mcenroe", "Hit machine" ou encore "Fashion Week" mais le titre le plus marquant reste "Brigitte Barbade" qui réussit à pousser les limites de la production à son summum en explorant différents thèmes et en changeant de tempo fréquemment tout en témoignant d'une bonne soirée passé avec Makala et ses Démons.

Fidélisé par une bonne communauté sur les réseaux, ce projet a marqué les esprits et restera comme un des meilleurs albums de 2019 du rap francophone.

Aujourd'hui encore trop différente aux yeux du public, la musique de Makala pourrait en faire changer d'avis dans plusieurs années quand on sait à quel point la créativité de ce dernier est visionnaire.

Par tous ces investissements musicaux, Makala se porte aujourd'hui comme un grand représentant de la sonorité propre au rap Suisse.



Varnish la piscine


Si vous êtes un puriste, vous avez évidemment remarqué que Varnish fut cité deux fois dans cette article.

C'est-à-dire sous ses deux pseudonymes.

Car en effet Jephté Mbisi (de son vrai nom) est producteur sous le nom de Pink Flamingo et rappeur sous le nom de Varnish la Piscine.

Influencé dès l'enfance par les Neptunes, Varnish s'est prouvé une véritable passion pour la musique expérimentale que l'on retrouve dans ses trois projets.

Il sort son premier opus en 2016 nommé "Escape".

Petit projet de 7 titres, il peut-être une bonne carte de visite pour découvrir l'univers de Varnish encore plus poussé que Makala.

Un concentré de mélodie groove allant jusqu'à des samples de film d'horreur dans le morceau "sad night".

Sur ce premier projet, Varnish est plus présent sous sa forme de Pink Flamingo, il s'exprime peu par les paroles mais intègre complètement sa musicalité dans ses productions.

C'est le rappeur Anglais Rico Tk qui est majoritairement présente sur les morceaux avec également une présence de Makala et Slimka. Trois ans après, Varnish prend enfin le contrôle de ses paroles et dévoile le très cartoon "le regard qui tue".

Ce projet raconte les mésaventures de Varnish lors d'une nuit cherchant une femme désespérément.

Très cloud et funk, le projet transporte l'auditeur vers une nuit spéciale entouré de mélodies excentriques et oppressantes.

On retiendra les morceaux "Bad Boy" en featuring avec Makala et "Yukulélé".

En 2020, Varnish vers un projet Cinématographique et musicale.

L'artiste a en effet délivré son premier court-métrage de 45 minutes nommé "Les contes du Cockatoo".

Le film raconte l'histoire de quatre jeunes amis vivant une vie de malfrats tout en considérant leurs liaisons amoureuses.

On retrouve dans l'oeuvre des éléments déjà vu dans les projets de Varnish comme son attachement au cartoon et aux ambiances nocturnes.

Allié à cela, on retrouve le projet de 11 titres "METROPOLE POLE DANCE TWIST AMAZONE" gardant une identité propre au film ou l'on retrouve le très bon morceau "illusion sur mauna loa", morceau très chill aux atmosphères amoureuses.

Par donc sa créativité sans faille et son investissement artistique, Varnish vient compléter tous les attributs propre à la Super Wak Clique et mérite d'être cité comme un grand personnage du rap suisse en 2020.



Les rappeurs de Lausanne :



Kingzer


Un concert de Ninho ne peut s'exercer convenablement sans une bonne première partie. Et c'est ce que Kingzer effectue depuis maintenant 1 ans et demie.

Artiste de 29 ans, Kingzer à batailler pour obtenir son premier contrat avec "mal luné", le label du grand Ninho.

Commençant la musique dès l'âge de 14 ans, Kingzer sort sa première mixtape en 2012 nommé "dans l’allé du Trône", en totale indépendance et malheureusement introuvable en streaming aujourd'hui.

Puis en 2014, l'artiste lance sa série de freestyle "Mbata" qui réalise une belle audience sur les réseaux allant jusqu'à 200k vues.

Mais le bon lancement de sa carrière sera perturbé par un passage en prison en 2016, ce qui finalement endurcira Kingzer.

A sa sortie, il sort "Mbata 4" qui tapera dans l’œil de "mal luné".

Le rappeur signe donc son premier contrat et vois donc l'opportunité d'importer la trap Suisse en France.

En effet Kingzer est bien loin de l'univers excentrique de la Super Wak Clique, il est un rappeur plutôt classique parlant de la rue et de ses problèmes mais aborde ses morceaux de façon tranchante, ce qui correspond parfaitement à l'identité du label. Après la signature, Kingzer enchaînera les bons morceaux tel "favelas" et "minuit" qui lui offriront un petit buzz sur YouTube, atteignant 300 k chacun.

Mais l'artiste voit plus loin et sort le titre " GAIN'D 2.0" fin 2019 en featuring avec Ninho et Leto qui totalise aujourd'hui près de 3 millions de vues.

Un morceau ambiançant propre au valeur trap qui est très important pour la carrière de Kingzer.

Aujourd'hui on espère une percée de Kingzer au sein du jeu mais l'ombre d'un monstre qu'est Ninho sur lui pourrait lui mettre des barrières.

Ce qui est certain, c'est que Kingzer a réussi à s'exporter et reste un grand pionnier de la trap pour le rap Suisse.



Arma Jackson


Jeune protégé de Youssoupha, Arma signe son premier contact chez Bomayé Music en 2017.

Baignant dans la culture hip-hop et pop depuis la tendre enfance, Jordan Mfumu-Kanda de son vrai nom est la parfaite combinaison entre variété et rap.

Quand "9m2", premier EP d'Arma Jackson sort en 2017, on découvre un univers musical très tourné vers le chant et la diversité instrumentales.

En effet Arma est un artiste se penchant sur tout types d'instruments tel la guitare dans "Sables mouvants" mais aussi le piano sur "Entre Deux".

Ce premier projet ouvre de nombreuses portes à Arma Jackson qui assurera ensuite les premières parties de la tournée de Bigflo et oli en 2018 à l'occasion de leur album "La vie de Rêve".

Cette expérience lui confortera dans son choix de produire un rap chill, axé vers les relations humaines et ses complexes.

L'artiste sort donc un nouvel EP en 2019 intitulé "Capsules" ou on voir une évolution radicale sur les flows et les productions. Le projet suit une forte influence californienne avec des mélodies G-Funk très ambiancantes donnant envie de rider une station balnéaire entouré d'amies.

On vous conseille les titres "Oh my gad" et "Flex" ou l'artiste prouve toute sa technicité vocale allié à ses flows dansant.

Arma permet de donner une autre couleur au Rap suisse en s'enfonçant dans des mélodies chill prônant l'amour tout en s'attachant à des messages à l'égard de la société.

Un artiste attendu en 2020 pour un premier album, en sachant que Arma est déjà bien reconnu à Lausanne, il lui reste à conquérir le public de ce si spéciale Rap Suisse.



Voilà donc six personnages qui permettent aujourd'hui au Rap Suisse d'exister en développant une musique unique et inconforme au mainstream.

On mise fortement sur Genève et Lausanne pour lancer un nouveau genre en France. En voyant en plus l'exceptionnelle émergence de la scène soundcloud actuel, on peut s'attendre à un futur raz de marée Suisse dans l'hexagone qui s'ouvre petit à petit à de nouveaux genres musicaux.


Merci pour votre lecture et votre soutien apporté à Actu Du Rap, on vous souhaite une bonne fin de confinement.

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