Les codes du dernier rappeur : Alpha Wann



Le disque d'or est là et tout le monde s'en réjouit. Plus d'un an après la sortie d'UMLA, la consécration est enfin au grand jour pour Alpha Wann qui s'est vu glorifié à de nombreuses reprises durant ces dernières années pour son premier album. Il est pourtant rare dans l'histoire du rap français qu'un projet nécessite un tel engouement pour une certification. Et c'est là qu'UMLA a frappée fort. Par sa performances de haut vol en terme de kickage et son originalité graphique, l'album s'est imposé comme un des coups de coeurs de 2018-2019. L'enchaînement des sons se fait jouissif avec des productions des déjà multi-récompensés Hologram l'O et Diabi qui donnent une atmosphère unique au projet. La variété des thèmes et des sujets apporte également un plus vaste public au Don et permette à l'album de s'affranchir de la concurrence. Sublimé par une tournée électrique, des produits dérivés et des clips haut en couleur, UMLA est devenue une véritable expérience, un projet nommé dans les "classiques" du Hip-Hop français par de nombreux spécialistes. Mais quelles sont ces spécificités qui ont fait UMLA, comment un projet à budget réduit et à faible communication à peut réunir autant de monde autour d'un même objectif : la certification du disque d'or. Plus d'un an et demie après l'album, le recul est pris. Il est donc le bon moment pour comprendre les codes qui ont construit le projet en y comprenant les rares défauts qui y prennent part.


Cracher du feu

Depuis bien d'années, le Don jouit d'une réputation de redoutable technicien des rimes, il en est même depuis considéré comme le meilleur dans l'hexagone. Le niveau élevé pour UMLA fut donc incontestable, car Alpha Wann allait comme jamais détruire la concurrence. C'est une des principales raisons pour laquelle le public du parisien s'est réjouit, écouter le meilleur du kickage, profiter d'une balade lyrique, fluide et extrême. Le premier son qui vient à l'esprit en pensant cracheur de feu et évidemment "Starsky et Hutch" qui tient de la mythique première mesure "pas de featuring, faut pas gaspiller l'euf". Le morceau plonge l'auditeur dans un ego-trip coriace, la technicité est sans égale à l'image du drop "Appelle-moi : Arnold Schwarzenégro

Donc j’suis l’Terminator et puis l’effaceur". Le rappeur prend une véritable ascendance sur les mesures qu'il découpe d'une façon très poussé, en laissant même des impressions d'hors temps qui se révèle finalement parfaitement kické. Utilisé la puissance des textes s'avèrent payant avec la fameuse punchline sur le son "Le piège" dit "Tu l'appelles Mère Patrie, j'l'appelle Dame Nation" qui rend folle la foule lors des représentations de l'artiste. La supériorité du rappeur face à ses prétendants aux titres vient cependant du titre "Contrex" qui allié à une production sombre de JayJay, dégomme littéralement le beat. Imposé par les mesures

"Pour leur faire savoir que le Don découpe

J’ai l’savoir-faire et je leur donne des cours" et "Pour la concu' des pansements, des compresses Des pruneaux d’agen, des bouteilles de Contrex", le son prend une allure de victoire pour le Don qui tournait autour du succès depuis bien d'années. Les morceaux d'UMLA prennent donc part à des couplets intenses, rappé à la sauce particulière d'Alpha. Ce grain de voix, authentique et inimitable a conquis de nombreux auditeurs car il a permis de rassembler les amateurs de Trap, de Old school et même de Hardcore. Une réussite qui s'inscrit comme le code principale du désormais disque d'or.



Contester

Considérer UMLA comme un album purement ego-trip est une grosse erreur. En effet, la prise de conscience et la contestation font partie des points forts du Don. On peut d'abord souligner les nombreux passages de monologue du fameux "inconnu" présent sur des morceaux comme "Stupéfiant et noir" et "Olive et Tom". Ces moments sont tagués d'une émotion rare ou les questions s'enchaînent tel cette phrase dans "Olive et tom" dit "On peut plus vivre, j'sais pas moi, donnez de l'argent aux pauvres, faites marcher la plaque à billets". Outre ces interludes, le rappeur prône ses idées contestataires allant principalement à l'égard d'un système inégalitaire. Le morceau "Parachute Chanel" souligne par exemple les avantages des riches, recevant des gros chèques en tant que indemnité. Alpha parle également de la police et de ses paradoxes avec notamment ce moment intense dans "Langage Crypté" dit "Et c'est toujours fuck les cops, ouais, les porcs souhaitent contrôler les jeunes n**** en sportswear". Mais c'est bien le morceau "Olive et tom" qui sert le plus à la contestation pour le Don. Le titre est d'une qualité rare niveau écriture et se construit autour d'un dialogue entre Alpha et un jeune en difficulté, on y découvre dans les lyrics les problèmes de la jeunesse française liées aux manques de travail et aux addictions. Le son va même plus loin en abordant un abandon des principes tel le "Je ne dit plus rien quand je vois des petits qui fument". C'est cette proximité avec les problèmes de chacun que Flingo a voulu exposer. Des valeurs proches des jeunes, qui naturellement, rendent UMLA compréhensif auprès de tous et qui permettent une certaine remise en question.



Assumer

Se délivrer de ses soucis, témoigner auprès de ses auditeurs sans mensonge est une chose plutôt rare chez les rappeurs. Les artistes sont en effet de nos jours plutôt excessifs dans leur description de vie et ne rendent pas de jugement réaliste sur leur situation. Alpha wann à l'image d'un Jay-Z en 2018, a enfin abordé le thème de ses souffrances et de ses échecs. La honte, peut premièrement ressortir du rappeur. On apprend sa frustration lors du fameux échec des Rap Contenders allié à sa remise en question au "tiekson". On découvre son échec face aux femmes lors de sa jeunesse dans "Pour celles" qui comporte une phase plutôt originale dit "Moi, à l'époque, j'suis puceau mais je fais l'ancien quand j'suis avec mes sins-cou

C'était la patate à l'époque, toutes les meufs que j'kiffe se font gérer par mes potes". La souffrance et la mort sont aussi des archétypes de l'album avec le morceau "Fugees". Dans la plupart du titre on ressent un malaise lié à l'existence par la refrain dit "En attendant que la faucheuse vienne pour me faucher, j'pose mes couilles". C'est une manière de dire que le Don attend la mort avec fierté, qu'il se démène pour dire les choses avant le dernier jour. Assumer les faits s'avère donc un atout à l'album qui se montre plus vrai, plus touchant.



Illuminer

Le bonheur, cette chose si précieuse à chaque humain se ressent parfois dans certains passages de morceaux. UMLA peut parfois osé trop fortement le kickage mais présente cependant des moments plus intimes, précieux au rayonnement de chacun. Le morceau "Cascade" se présente comme le titre le plus commercial du projet et ce n'est point une coïncidence. Le passage interlude avant le deuxième refrain dit "Elle sort une masse, elle sort le chanvre, elle veut qu'on fasse du sport de chambre" renforce le son en donnant une ambiance cosy parfaite pour une douce soirée. Pas étonnant de voir que le morceau est aujourd'hui le plus streamé de l'album avec sa vibe très "summer". Le titre "La lumière dans le noir" s'impose également comme un son très ambiancant avec le grand Doums au refrain. On ressent par la vitesse du refrain et l'image de la lumière une certaine persévérance dit "J'ai d'la poudre sur les mains, t'as d'la poudre sur le nez". Provoquer des mouvements de foules se prête également à l'illumination de Phaal. Pour bien pull up en concert on retient les morceaux "Macro" et "Contrex". Les évidents Hologram LO et Jay Jay ont pondu à la production des symphonies dévastatrices, remplissant les salles de bonheurs lors de leur interprétation. Le premier album du Don présente donc un arsenal complet pour ambiancer voir déchaîner les foules, un fait donc indispensable au succès du projet.



Échouer

Le recul se doit cependant d'être pris après plus d'une année d'UMLA dans les oreilles. Le projet est très bon voir excellent mais présente pourtant quelques légers défauts qui se doivent d'être explicité. Le problème le plus "gros" de l'album est sûrement son minimalisme. Trop concentré sur le kickage, Alpha en a peut-être oublié le chant, fait important de notre époque dans une construction discographique. Le minimalisme se ressent aussi dans les productions qui démontrent une certaine efficacité manquant cependant d'un grain d'imagination. On soulignera pourtant l'effort porté sur le sampling, bien trop rare de nos jours. Le Second défaut du projet (qui peut-être une qualité pour beaucoup) est son refus du mainstream. Cette prise de risque est aujourd'hui payante avec une certification à la clé. Mais oser le commercial n'aurait-il pas été une bonne chose pour UMLA ? La question est complexe car le projet n'aurait évidemment pas la même saveur. Si le featuring avorté avec Nekfeu aurait permis à l'album de s'imposer dans les charts, aurait-il rendu le projet meilleur ? Voilà donc ce qui peut-être reproché paradoxalement à UMLA, un écart par rapport au grand public qui s'avère un défaut pour bon nombre d'auditeurs. En oubliant ces défauts recherchés, on ne peut qu'applaudir le travail exercé sur UMLA. Le meilleur album de RAP de 2018 sans contestation.



Les cinq codes présentés ci-dessus montrent donc à quel point UMLA a réussit à rassembler une communauté de passionnés. Le rap dans sa forme la plus pure a gagné une certification de prestige. Une victoire donc pour la musique mais surtout un trophée de plus pour Flingo, le dernier des rappeurs.


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